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Mohammed on Dennery (2014)

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Review: 

Dennery, Adolphe. Le Tremblement de terre de la Martinique suivi de documents inédits. Introd. Barbara T. Cooper. Paris: L’Harmattan, 2014. Print and Ebook. Pp. xxxiii + 178. ISBN: 978-2-343-03708-0

Shanaaz Mohammed, Florida State University

Quand un tremblement de terre a secoué la Martinique le 11 janvier 1839, trois pièces de théâtre portant le même titre s’en sont inspirées et ont été jouées à Paris l’année suivante. Cette édition de la pièce d’Adolphe Dennery par Barbara T. Cooper rejoint celle de Charles Lafont et Charles Desnoyer dans la collection “Autrement mêmes,” dirigée par Roger Little. Cooper introduit ce drame et fournit de riches informations bio-historiques de l’auteur et son œuvre, ainsi qu’une analyse perspicace de la pièce. Les trois “Annexes” à la fin du volume donnent des renseignements sur les conséquences du patronage des esclaves dans les colonies françaises, nous présentent des comptes rendus inédits de la pièce, et nous permettent de jeter un coup d’œil au troisième Tremblement de terre de la Martinique d’Auguste Jouhaud à travers un résumé et des informations d'introduction sur ce vaudeville.

Le drame de Dennery captera l’attention de ceux qui s’intéressent au mélodrame français et surtout à la littérature dite “coloniale” ainsi qu’aux questions de l’héritage familial, des classes sociales, de l’affranchissement, des relations raciales, de la violence raciste et de la représentation des “Noirs” pendant l’esclavage français au XIXe siècle.

Située en Martinique, cette pièce dévoile une double attitude envers les personnages d’ascendance noire, ce qui correspond au monde manichéen du mélodrame typique du XIXe siècle. D’une part, Dennery nous présente Monsieur de Pontalban, un vieux colon vertueux et gentil qui, provoqué par son envie de faire “une action bonne et juste” (12), décide d’épouser Marie, une esclave qu’il a affranchie, et de reconnaître leur fille, Jenny. D’autre part, son neveu, Robert, conscient du fait que sa cousine, Jenny, héritera de la fortune de Pontalban, cherche désespérément à détourner la situation avec ses manières égoïstes, manipulatrices et trompeuses, avant qu’il ne succombe à une fin tragique. Le décès de Robert, dû en grande partie au tremblement de terre providentiel du titre, met en question le rôle qu’accorde la pièce à l’affranchissement et à l’abolition de l’esclavage, des sujets tout à fait pertinents au moment de la mise en scène de cette pièce, comme l’indique l’ordonnance du 11 juin 1839 sur les nouvelles conditions de l’affranchissement des esclaves présentée dans les “Annexes” de cette édition.

À ces sujets s’ajoute la représentation des différentes races. Dennery reste fidèle à la typologie mélodramatique des personnages principaux: un traître (Robert) et ses victimes innocentes (Marie, Jenny et l’esclave Daniel). Il est pourtant frappant, surtout pour le/la critique d’études (post-)coloniales, de voir que toutes ces victimes sont, par hasard (ou non), d’ascendance noire. Cette structure sociale met en évidence la domination des personnages de race blanche sur ceux de race noire bien que, conformément au motif du triomphe du bien sur le mal, cet assujettissement prenne fin avec la mort dramatique de Robert. Par la suite, la liberté des affranchies, Marie et Jenny, est certaine tandis que celle de Daniel et des autres esclaves reste toujours implicite et même douteuse. Cette incertitude fait écho à la situation fragile de l’abolition imminente de l’esclavage.

En revanche, comme le précise Cooper, il est clair est que le rôle de Daniel représente “une petite évolution dans la représentation des Noirs sur la scène française du XIXe siècle” (xxv). D’abord présenté comme paresseux, amateur de tafia, facile à manipuler et s'exprimant mal, Daniel sauve la mise. C’est grâce à lui que Jenny se réunit avec sa mère et que ces deux personnages reçoivent du secours après le tremblement de terre. Ses actions le font passer d’un rôle passif à un rôle actif (xx) et lui permettent de redresser les injustices de la pièce. Il est possible, comme Cooper le propose, que cette représentation atypique d’un personnage d’ascendance noire ait contribué au succès de la pièce de Dennery. Force est de souligner cependant qu’une interprétation purement raciale de cette pièce risque d’obscurcir d’autres thématiques tels que la soumission sexuelle des esclaves à leurs maîtres, le conflit entre les classes aussi bien que l’héritage familial.

Volume: 
43.3-4
Year:


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