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Corbin on Thérenty, ed. (2011)

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Review: 

Thérenty, Marie-Ève, ed. George Sand journaliste. Saint-Étienne: Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2011. Pp. 294. ISBN: 978-2-86272-580-2

Kathryne Adair Corbin, Haverford College

Ce collectif dirigé par Marie-Ève Thérenty, à qui nous devons déjà—entre autres—La Littérature au quotidien: poétiques journalistiques au XIXe siècle, offre un complément pour le moins bienvenu à George Sand critique, une autorité paradoxale dans la même collection (2011). Les dix-huit contributeurs nous décrivent la production journalistique foisonnante, dispersée et parfois difficile à appréhender de George Sand qui relève à la fois de la polémique, de la pensée intime et de la poésie. Entre 1831 et 1876, Sand publie près de 400 articles sans se restreindre à aucun genre. George Sand journaliste explore page par page l’invention journalistique sandienne, aventure personnelle doublée d’une carrière journalistique hors du commun.

Thérenty nous offre une remarquable introduction sous forme d’un “rapide survol panoramique” sur trois périodes clés dans la carrière de George Sand: l’apprentissage, l’enthousiasme et les années post-1848. On se rend ainsi rapidement compte du caractère exceptionnel de la journaliste, fondatrice de deux journaux, qui a adapté les normes journalistiques à son style, jusqu’à la sublimation des normes imposées, comme nous le précise Thérenty, ce qui “lui permet souvent de créer une nouvelle forme de littérarité” (17).

Les quatre parties de cet ouvrage collectif servent de guide dans “l’univers journalistique” de Sand (19). La première partie, “Les Postures de l’engagement journalistique,” revient chronologiquement sur les moments essentiels et les grandes étapes dont certains fonctionnent pour Sand comme ateliers épistolaires ou bien lui permettent d’étendre sa pratique de la lettre ouverte pour mieux exprimer une “émotion morale” (Anne McCall). On y voit bien à quel point “un exercice de citoyenneté” devient “une forme nouvelle d’action” qui refuse la voie de la violence pour celle du lyrisme (Catherine Nesci). Cette partie se termine avec une étude sur la relation singulière qui fut Sand-Buloz lors de sa participation à la Revue des Deux Mondes.

C’est la sensibilité, l’intimité et la mise-en-scène de la vie (même sa vie) que Sand parvient à transmettre dans une étonnante diversité de genres, notamment la critique littéraire, la critique de l’art, la nécrologie et le roman-feuilleton. “Poétiques journalistiques,” la deuxième partie de l’œuvre, insiste sur “la mobilité et la fluidité de sa poétique” qui cherche davantage à émouvoir qu’à convaincre (Claudine Grossir) ou à interroger et à “recréer le réel par l’imaginaire” (Roland Le Huenen). Dans son chapître, “George Sand critique littéraire,” Christine Planté rappelle le rôle fondateur de Madame de Staël pour les femmes critiques, mais aussi le départ de Sand de cette position salonnière pour une position engagée dans la mêlée de la presse et le monde littéraire.

La troisième partie, “Feuilletons et fictions,” revient sur le positionnement de Sand face aux conventions du roman-feuilleton tels que l’assiduité et le découpage des textes, mais aussi sur les effets de l’écriture historique et autobiographique. Même si Sand s’engage complètement et volontairement dans la presse du XIXe siècle, elle se rend compte de la toute-puissance des médias, notamment de la médiatisation de sa propre image où le jeu de la vérité contre la fiction joue un rôle dans la publication d’Histoire de ma vie en feuilleton (Lise Dumasy).

Alice Primi, dans la quatrième et dernière partie, offre un chapitre complémentaire à celui de Planté qui souligne l’évolution des femmes dans la presse et qui invoque les “consœurs” de George Sand, et nous permet de voir à quel point le terrain de la presse politique a changé pour la femme de l’Ancien Régime jusqu’à la fin du Second Empire. Cette dernière partie, “George Sand face à la presse,” s’écarte un peu des textes de Sand mais nous offre une vision contextuelle de la presse à l’époque, par la caricature considérée par Michèle Fontana, ou par une étude des préfaces par Béatrice Didier.

Rien n’est laissé à l’écart dans ce volume qui vise à faire entrer le lecteur dans le monde de Sand journaliste par les études spécifiques des genres et aussi de façon chronologique. La réussite de ce texte est de faire parvenir une richesse de regards sur la pensée journalistique sandienne d’une manière soutenue et concise. La bibliographie sélective et les trois indexes—les œuvres de Sand, les œuvres autres que celles de Sand, et les périodiques du XIXe siècle—ainsi que les illustrations et annexes de certains chapitres, fournissent une bonne base de données facile à consulter pour poursuivre des recherches dans les textes primaires. Quant aux images et illustrations, les caricatures et les portraits les plus connus y sont inclus (dans le chapitre de Michèle Fontana, “George Sand fécit soi-même: George Sand face à sa caricature”), mais on peut regretter l’absence de reproduction d’un journal dans lequel Sand a publié ou joué un rôle fondateur, ce qui aurait donné une idée visuelle du format de la presse de l’époque et surtout des contributions de Sand.

Enfin, ce “panorama de journalisme en évolution” nous démontre la “mutation étonnante” lorsque Sand “insère dans l’espace public du journal un cercle plus intime” tout en occupant une place privilégiée dans le corps du journal—non parmi les causeries, mais juste après le premier-Paris (13). Comme on l’aura observé à travers ce beau panorama de textes, Sand a su s’adapter aux contraintes, négocier de nouvelles formes et articuler son style personnel à contre-courant de ses contemporains. Si le titre de ce volume, George Sand journaliste, nous l’indique de façon limpide, c’est sa directrice qui souligne l’importance de George Sand comme journaliste, car, selon Thérenty, à l’apogée de la carrière de Sand en 1848, “la voix de la nation est une voix de femme.”

Volume: 
43.3-4
Year:


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